Un extraordinaire souci du détail

Massimiliano Mocchia di Coggiola, Paris

L’Italien Massimiliano Mocchia di Coggiola vit dans un appartement Belle Epoque avec son adorable femme américaine, Sorrel. Le couple rayonne dans un style de vie « aristo-bohémien »,
multipliant les soirées qui transportent leurs invités en une époque révolue. Parmi les oeuvres de leurs nombreux amis artistes, celles du couple ornent les murs rouge profond de leur appartement.
On retrouve l’influence dadaiste dans le style de Massimiliano, qui tient tant à sa ressemblance avec Tristan Tzara qu’à son goût avéré pour les couleurs. Il est difficile de dire, parmi ses nombreuses tenues, lesquelles sont des créations tailleur contemporaines et lesquelles sont des pièces vintage, parce que son style vintage particulier est autant du à ses choix sartoriaux qu’à l’image qu’il s’est lui-même soigneusement construite.
L’avis de Dandy :
Beaucoup d’audace et de fraîcheur dans les tenues de notre Italien à Paris. Maîtrisant parfaitement la sprezzatura, Massimiliano Mocchia se joue des couleurs et des proportions, révèle une inclination (que nous partageons sans réserve) pour l’élégance des gilets croisés – soulignée ici par le choix d’un col châle. Précisons à l’attention des amateurs que la grande prestance de l’ensemble nécessite une ligne de mannequin. Porté en complet trois pièces ou destructuré avec un costume deux pièces bleu marine, son gilet bleu ciel à six boutons dont trois fermants, boutons à coutures zampa di galina, est une merveille de raffinement.
On remarquera sur le look bleu ciel le choix des rayures d’accompagnement, violettes pour la chemise (associée à une cravate bleu nuit) pour le contraste, et blanches et horizontales (un choix d’esthète) pour les chaussettes, complétées de richelieu blancs.
Contraste de couleurs également, qui réveille l’ensemble, avec le costume bleu marine, porté ici sur une chemise à rayures mauves et col blanc, et le fameux gilet croisé. Un noeud papillon bleu marine et mauve parachève l’ensemble en l’homogénéisant. Une magistrale leçon d’élégance esprit Gatsby.

Sean Crowley, Brooklyn

Sean Crowley est un expert en cravates et un exquis anglophile, qui vit à Brooklyn, New York. Son look qu’il qualifie lui-même de « traditionnel » est largement inspiré de la culture tailleur britannique des années 30 et du look Ivy League des écoles préparatoires de Nouvelle Angleterre des années 50. Le costume qu’il porte pour boire le thé est un costume mesure vintage en tweed anglais, et lui correspond particulièrement bien.
Si elles n’étaient pas aussi rares, aussi uniques pour certaines, et d’un parfait bon goût, ses collections pourraient être décrites comme autant d’accumulations d’objets tant elles sont variées : casquettes de cricket, livres de cuisine vintage, mugs commémoratifs, pipes en tous genres, et une incroyable variété de bibelots divers, le clou de la visite consistant en la collection de plus de 3000 cravates, rangées dans un meuble créé tout spécialement, qui amène invariablement le visiteur à se demander comment il fait pour en choisir une le matin… 

L’avis de Dandy :  

Costume Prince de Galles à carreaux verts sapin à veste et gilet droits, porté avec une chemise blanche formelle, une cravate écossaise et des Albert slipers pour le tea time : aucune fausse note. On notera le choix d’une cravate très étroite, qui a imposé la réalisation d’un noeud Windsor simple, qui n’empêche pas, notre seule réserve, les pointes de col de se soulever. Applaudissons les raccords de poches du gilet, les milanaises de celui-ci et le choix de la cravate.
Avec plus de 3000 pièces, la collection de cravate de Sean Crowley est la plus importante à notre connaissance : respect !

Robert E. Bryan, New York 

Robert E. Bryan est l’auteur d’American Fashion Menswear et a à son actif une liste impressionnante de réalisations dans le domaine de la mode masculine : il a été directeur de la rubrique mode du New York Times Magazine, éditeur de W et fashion editor de Men’s Wear Magazine et de M Magazine. C’est un authentique connaisseur du style vintage, qui a fait de son appartement de Manhattan une sorte de musée Art Déco – sa collection s’y étendant jusque la cuisine ! Au-delà de l’ameublement et de la décoration, son inclination et sa collection Art Déco s’étend bien entendu également à son vestiaire, entièrement constitué de pièces style Années 30 achetées il y a plus de trente ans.

L’avis de Dandy :
Elégance classique parfaite avec ce complet croisé à grands revers en laine froide bleu marine à carreaux très fondus, porté sur une chemise à fines rayures bleu ciel et poignets mousquetaire, et une cravate de soie à motifs fantaisie noirs et blancs sur fond rouge. Le souci du détail est ici porté à son paroxysme : notons le col de chemise à baleines amovibles (pointe visible sur le côté droit du col), les deux milanaises sur le col, l’élégance fulgurante de ce dernier, la perfection de la coupe qui maintient les grands revers dudit col bien plaqués contre le corps de la veste, et surtout le double choix très audacieux (mais ici magistral, car résultant d’une parfaite maîtrise du style) de rayures associées aux carreaux (habituellement à proscrire, parfaites ici : ne s’y risquer qu’avec la plus extrême circonspection), et de surcroît de rayures horizontales pour le corps de la chemise : un choix qui impose comme celui de Massimiliano Mocchia une ligne de top model. Mais quelle originalité ! Détail encore avec la pochette blanche pliage quatre pointes (mode d’emploi de cette façon particulière dans Dandy n°30), avec les boutons de manchettes argent et nacre typiquement Années Folles, et avec le saphir de la chevalière coordonné au costume. Ultime détail pour le puriste : le laçage en chevrons des richelieu brun foncé, montés sur une forme à bout rond fluide raccord avec l’esprit du costume.

Le même Robert E. Bryan n’hésite pas la couleur lorsque l’inspiration l’en prend, et révèle alors la même habileté dans les harmonies, comme ici avec un gilet droit à motifs écossais – carreaux bleus et contre-carreaux rouges – porté avec un costume bleu marine et accessoirisé d’un noeud papillon rouge. La chemise blanche arbore un button down collar en phase avec la dimension casual de l’écossais. Et l’on notera que la chevalière est cette fois sertie d’une pierre rouge, et non plus bleue comme sur l’autre tenue…

Robert W. Richards, New York

Illustrateur célèbre, Robert W. Richards vit dans un loft extraordinaire aux murs roses, en plein coeur de Greenwich Village. Il s’est créé un look bien personnel, et est connu pour les tenues flamboyantes qu’il porte au cours des parties qu’il organise. On peut toujours rencontrer Robert, et il aura toujours une bonne histoire à vous raconter. Il porte ici un costume Lanvin qu’il a acheté à Paris il y a plus de vingt ans. Sa coupe ajustée lui va toujours comme un gant et lui donne toujours un look fantastique. 

L’avis de Dandy :
Au-delà de la coupe nettement typée années 20 (revers surdimensionnés, padding important, cigarettes d’épaules…) et du tissu utilisé – une laine à multiples rayures fantaisie dans les tons gris-bleu, c’est le choix des ganses ton sur ton et surtout de la taille de celles-ci, très supérieure à l’habitude, qui caractérise la veste de ce costume. En grosgrain bleu marine, elles soulignent les revers de col (et par conséquent leur taille, peu courante aujourd’hui) et les rabats de poches. Notre photo de détail révèle aussi un pantalon taille haute et des boutons de nacre bleue aux reflets bleu dur : sans surprise s’agissant d’une mesure Lanvin datant des années 80.

Sven Raphael Schneider, New York.

Sven est le créateur et le rédacteur en chef du blog La gazette du Gentleman (www.gentlemansgazette.com), dont il aspire à faire « la source essentielle de l’héritage et du savoir-faire du fait main, qui illumine ses adeptes partout à travers le monde et les engage à faire de nouveaux adeptes » (sic). Il habite aujourd’hui dans le Midwest après être né et avoir grandi en Allemagne. Tranchant comme un rasoir, son style est également marqué par les incursions dans le vintage qu’il s’autorise épisodiquement et qui le définissent. Il porte ici un costume mesure croisé de chez Hussmüller, à Münich, datant des années 60.

L’avis de Dandy :
Remarquable maîtrise de la coupe et des accords ici aussi, avec ce costume trois pièces en laine à motifs Prince de Galles très fondus, carreaux noirs et contre-carreaux rouge sur fond marron, auquel son gilet croisé à revers confère une dimension définitivement tailleur. L’ensemble respire l’esprit dandy jusqu’au bout des coutures. Au-delà des couleurs et motifs superbes de son tissu, on apprécie le choix du gilet croisé à revers, le raffinement de ses quatre poches, la coupe taille haute du pantalon (visible sur la photo en extérieur, et certainement complété de bretelles), et la justesse de l’accessoirisation (chemise jaune pâle à col italien très évasé, cravate en tricot de laine Jacquard, pochette à bords bordeaux roulottés, qui pourrait être une Simonnot Godard, et jusqu’aux derbys de veau-velours taupe porté avec des chaussettes à rayures taupe et vert. Notre seule réserve ira à ce vert sapin des chaussettes, mais il est vrai que Sven a choisi de le coordonner au cuir de ses gants bicolores, vraisemblablement sur mesures eux aussi.

 

The Chap Anarcho-Dandyist Ball, Londres

Le magazine britannique The Chap propose de « revenir au mode de vie dandy en réhabilitant le tweed et les vêtements de qualité, l’usage de la pipe, les chaussures faites main et les pantalons bien repassés ». Pour célébrer son dixième anniversaire, il a organisé le « Grand bal Anarcho-Dandy » au Conway Hall de Londres et y a convié tout ce qu’il compte de fidèles dans la capitale britannique. Venue de New-York pour immortaliser l’événement, Rose Callahan nous propose deux spécimen représentatifs du mouvement Chap (lire dans Dandy n°34), photographiés en fin de soirée, qui comme leur coreligionnaires s’attacher à « montrer comment porter le chapeau avec panache » (sic).

L’avis de Dandy :
On n’est pas ici dans l’esprit dandy propre aux tenues qui constituent habituellement cette rubrique, mais dans une inspiration plus iconoclaste et plus délibérément ostentatoire. S’il repose sur un goût du vêtement et de l’élégance british style auquel nous adhérons, le chapisme réclame à ses prosélytes un certain goût pour le spectaculaire… et pour le port des chapeaux les plus improbables. Démonstration par l’exemple ici, avec deux tenues typées british pour l’une et outre-Atlantique pour l’autre, mais qui se rejoignent dans un bel ensemble pour faire un pied de nez au streetwear qui envahit par ailleurs les rues des villes nord-européennes.

 

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