Seuls au monde !

Deux excellentes raisons font que l’on ne peut que s’étonner que la Vallée du Douro reste aussi méconnue à l’international, alors qu’il s’agit de la région que les Portugais considèrent généralement comme la plus belle du pays. C’est sans doute également la plus calme. Enchâssé entre des montagnes vertes, le fleuve coule au fond de sa vallée étroite et silencieuse. Partout autour de lui,  d’innombrables terrasses marquent autant de vignobles, quelques maisons ou vestiges de constructions indiquant que l’homme s’est conquis un droit de cité limité dans cet endroit hors norme. Comme un énorme boa indolent, le Douro s’étire paresseusement entre zones d’ombre et de soleil au détour de ses méandres. Hier violent et impétueux, le fleuve, qui relie l’Espagne à Porto, s’est acheté une conduite et accompagne avec bienveillance les quelques bateaux de croisière qui y circulent. Autour de lui, sur l’une et l’autre rive, le silence règne en maître. Pas un bruit de moteur, pas d’aboiements lointains, à peine quelques pépiements d’oiseaux : l’impression est surréaliste, évoquant ces films de fiction dont le héros se réveille en période post atomique. Question atmosphère, le tracé du fleuve large et silencieux convoque nombre de souvenirs cinématographiques : Rhin, Mékong… un décor éminemment romanesque classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La seconde raison qui devrait valoir à la région une notoriété qui lui fait défaut, est qu’il s’agit de celle où sont produits les fameux vins de Porto, appellation qui ne porte le nom de la seconde ville du Portugal que parce que c’est dans ce port du nord du pays que le vin était historiquement acheminé pour être commercialisé.

De fait, la vallée du Douro est la plus ancienne région vinicole démarquée dans le monde entier, puisqu’elle jouit de ce titre depuis 1756. Autour du fleuve, le paysage est constitué d’innombrables terrasses verdoyantes, les villages et les routes se trouvant de l’autre côté des crêtes, ce qui explique l’extraordinaire silence qui frappe le visiteur. Une voie de chemin de fer unique ondule le long de la rive droite du fleuve, elle constitue avec le bateau la façon la plus adaptée – et la plus économique – de découvrir au plus près la totalité de la vallée. Dans cet écrin tout droit sorti de la vitrine d’un magasin de maquettes, la vie semble figée, le temps arrêté. Nous avons l’habitude, pour cette rubrique, de rayonner autour d’un hôtel de charme à la découverte de lieux de caractère dont la visite complètera agréablement le séjour. Nous y dérogerons aujourd’hui, car le lieu de villégiature présenté ici est installé au cœur d’un domaine de 400 hectares où tout est conçu pour que les clients n’aient pas à sortir pour profiter chaque jour d’un nouveau lieu et de nouvelles sensations. C’est en réalisant des manifestations pour les clients de son agence de communication que Thierry Teyssier découvre cette quinta abandonnée.

Il en tombe immédiatement amoureux et décide d’y créer une forme d’hôtellerie originale, basée sur la simplicité et le calme. Pas question de bousculer l’authenticité de l’endroit, tant pour ce qui concerne les bâtiments centenaires que les plantations de vignes et d’oranger qui leur servent d’écrin : le lieu doit conserver le cachet particulier qui participe de son charme depuis plus de 130 ans. Cette volonté de conserver intacts les vestiges du passé nous vaut aujourd’hui de retrouver l’esprit originel des différents bâtiments et de pouvoir toucher le passé des doigts dans ce que l’on imagine sans peine avoir été le calme des campagnes avant l’apparition des moyens de locomotion modernes. Que l’on visite Dona Clara, la demeure historique de la propriété qui porte le nom de sa première propriétaire, Velha dont l’architecture atypique évoque les haciendas mexicaines découvertes dans les westerns de notre jeunesse, ou les Comptoirs qui rendent hommage aux grands explorateurs portugais, on ne peut qu’être frappé par le silence absolu qui règne ici, et l’impression que le monde que l’on connaissait a cessé d’exister : où que l’on choisisse de se poser, au bord de piscine ou sur les différents spots et terrasses, la vue sur le fleuve et la nature de l’autre rive – une dizaine de maisons à portée de vue sur plus de 2 km ! – donne l’impression d’un film muet. Unique, et merveilleusement reposant.  

Toujours ailleurs au même endroit   Si cette atmosphère particulière comblera les contemplatifs, les autres pourraient craindre une certaine monotonie, même le temps d’un week-end prolongé. Il n’en est rien : rompue à l’exercice, l’équipe est habituée à organiser vos visites et vos repas en des lieux toujours différents. En quatre jours de séjour, sauf à céder au charme de l’un d’entre eux et demander à y revenir, vous ne déjeunerez ni ne dînerez deux fois au même endroit. Et que ce soit sur la terrasse du bâtiment principal ou sur un belvédère (surplombant tous deux le Douro)Le caractère très contemporain de la piscine contraste avec la nature, sur la terrasse devant votre chambre, dans la cour des citronniers, dans les jardins, en bord de fleuve pour un pique-nique champêtre ou à l’intérieur dans l’une des multiples pièces de réception des différents bâtiments, l’impression sera toujours celle d’une échappée hors du temps et de son agitation. Si l’atmosphère est rustique, la cuisine est pour sa part inventive, raffinée et légère, privilégiant les produits du domaine.

Agrippé à flanc de montagne en haut de la vallée, le restaurant gastronomique offre pour sa part une vue imprenable sur cette dernière et, en contrebas, sur les différents bâtiments de l’hôtel et le fleuve. Ici encore, on pourrait croire à un décor de cinéma tant l’environnement semble irréel. Et la carte est tout aussi réjouissante. Gambas à la mangue avec salade de roquette et coulis, tartare de poisson du fleuve à la truffe, agneau aux endives, magret de canard purée de chou fleur, ou bien entendu des plats de viande ou de poisson plus habituels. Comme dans tous les établissements de luxe – même si celui-ci mérite plutôt l’adjectif d’atypique – le personnel est irréprochable, présent sans être obséquieux, bi ou trilingue, et toujours souriant. La même variété marquera les journées. S’il est agréable après le petit-déjeuner de déambuler dans le silence de l’enfilade de grandes pièces du bâtiment principal, se poser un moment dans les canapés de la grande bibliothèque ou dans les fauteuils du salon de billard, plus intimiste, on pourra ensuite choisir de visiter les vignes, avec guide en 4×4 ou de façon plus autonome au volant d’une voiturette de golf électrique, ou les chais, où naissent les vins de La Romaneira.    

De nombreux produits proposés par l’hôtel sont disponibles à la vente, sur place et dans la boutique parisienne. Coup de cœur pour le sucre d’agrumes, pour la pointe raffinée qu’il apporte à un dessert, ou un simple yaourt nature. Plus cliché ? La piscine en L, très contemporaine par son dessin et les ardoises grises qui l’habillent, permet un farniente hollywoodien, comme suspendue dans l’espace entre le fleuve qu’elle surplombe et l’écrin de nature dans lequel elle paraît sertie. La terrasse de bois qui la jouxte participe de l’ambiance. La seconde piscine de l’établissement, couverte, a trouvé place dans les anciens chais, en contrebas de Donna Clara. Etirée tout en longueur, il s’agit d’un long bassin de nage agrémenté d’une terrasse particulièrement appréciable le soir venu ou en hiver, lorsque les feux dans les cheminées ajoutent à l’endroit un cachet tout particulier, situé dans la perspective définitivement hors norme de l’établissement.  Les meilleurs médecins expliquent que plus que leur durée, c’est le dépaysement apporté par les vacances qui contribue le plus efficacement à la détente qu’apportent celles-ci. De ce point de vue, parce qu’il est tellement différent de celui que l’on pourrait passer dans n’importe quel hôtel de luxe traditionnel, un week-end à La Romaneira vaut bien une semaine au bout du monde. En marge de la vie moderne, du temps, de tout, un séjour dans cette vallée oubliée du Portugal constitue une parenthèse inoubliable que l’on n’a qu’une envie : partager une prochaine fois avec des amis, et surtout renouveler dès que le stress remontrera le bout de son vilain museau.  

En deux mots :

Quinta da Romaneira, 5070 Cotas – Portugal.

Tél. 00.351.254.732.432 – France : 01.53.63.42.30

Pour en savoir plus : www.maisonsdesreves.com/romaneira

Tarifs : Formule all inclusive (1), prix en euros TTC par personne et par nuit

*du 1er mai au 31 octobre et du 1er janvier au 1er avril : -suite : 550 € -appartement : 715 € -appartement famille (2 adultes + 1 ou 2 enfants) : 1650 €  

*mois de novembre et d’avril : -suite : 475 € -appartement : 630 € -appartement famille (2 adultes + 1 ou 2 enfants) : 1430 € Incluant : tous repas et collations sauf restaurant gastronomique, boissons (softs, vins, alcools et porto de la propriété, sauf vins français et champagne), hammam, piscine, massages, balades en bateau, visite des chais, dégustation de porto, voitures électriques et 4×4 avec chauffeur, etc…)

Facilités : 21 suites climatisées avec vue sur le Douro et sa vallée, piscines intérieure et extérieure chauffées, salle de fitness, appartements de soins et massages, hammam, salle de cinéma. Accès : aéroport de Porto