les épices dans la parfumerie

Dans l’Antiquité déjà, les épices é tai ent largement utilisées, autant en gastronomie dont elles pimentaient les mets, que dans les pratiques divinatoires car elles étaient un moyen de communication avec les dieux. Pour les soins corporels on les utilisait largement comme matière à parfums et ces graines, feuilles ou baies, étaient écrasées et mises à macérer dans des huiles ou pommades qui se chargeaient de leur puissant arôme. Le parfum Royal, datant du 1° siècle après JC, en est un exemple où la cannelle, le clou de girofle, le safran et la noix de muscade sont associés à de riches baumes et dilués dans un vin fort pour donner un parfum capiteux et tenace. Le mot épices apparait au XII° siècle, il vient du latin « species » et désigne une denrée de toute sorte, aromate ou drogue, et est à l’origine de l’expression « payer en espèces ».

Plus tard, dans l’imaginaire médiéval, l’Orient représentait le paradis terrestre et les épices en étaient les fruits défendus. Les Arabes étaient les maîtres des routes caravanières et ramenaient les épices d’Extrême-Orient et d’Asie. Ils furent suivis par les navigateurs européens qui firent découvrir au Vieux Continent les épices des contrées lointaines, comme les Iles Moluques où les Hollandais gardèrent le monopole de la culture de la noix de muscade et du clou de girofle pendant de longues années. La parfumerie moderne employa les épices dès la découverte de la distillation, qui permit d’extraire la précieuse huile essentielle de ces riches produits odorants.

Les huiles essentielles classées dans les notes de coeur
De nos jours, le parfumeur dispose dans son orgue de nombreuses essences épicées. On peut citer, certes, les bien connus poivre, clou de girofle, écorce de cannelle, mais aussi la noix de muscade, le piment, le gingembre, la baie rose, la cardamome (très à la mode actuellement), la badiane (aussi appelée anis étoilé), le cumin… Notons que la vanille, même si sa note olfactive est plutôt gourmande, est classée dans les épices pour la parfumerie, comme pour la gastronomie.
Ces huiles essentielles sont classées dans les notes de coeur, car au cours de l’évaporation du parfum sur la peau, elles apparaissent dans un second temps, souvent associées aux notes florales, fruitées ou boisées.
Les épices sont autant utilisées dans la parfumerie féminine que masculine. Elles apportent puissance, force et caractère. Citons Femme de Rochas (1945) et son départ relevé par une touche d’essence de cumin, ou Opium d’Yves Saint Laurent (1977), parfum oriental envoûté par le clou de girofle et la noix de muscade. Plus près de nous la parfumerie masculine s’approprie avec délices ces notes chaudes et sensuelles, et depuis Déclaration (Cartier 1998) qui associe cannelle, gingembre et cardamome, la mode des notes boisées épicées est relancée. En 2006, l’Artisan Parfumeur décline trois d’entre elles dans Poivre Piquant, Piment Brûlant et Safran Troublant. Spicebomb de Viktor & Rolf (2012), donne le ton jusque dans son nom et marie safran, cannelle et baie rose. Tom Ford, quant à lui, rehausse de carvi, poivre et muscade un parfum aux notes envoutantes de cuir et de vanille dans Noir (2012).

Emmanuelle Giron