Lac de Come, l’ombre de Visconti

C’est l’un des endroits les plus romantiques de cette région qui réunit France, Suisse et Italie. Situé sur les contreforts des Préalpes à 45 km au nord de Milan, le lac de Côme est, avec 146 km2 de superficie et 140 km de pourtour, l’un des plus grands lacs italiens. Les villas patriciennes et la verdure qui l’entourent lui confèrent aussi la dimension romanesque qui lui a valu de nombreuses apparitions dans la littérature et au cinéma.

C’est là que Stendhal fit naître le héros de La Chartreuse de Parme, là que Mary Shelley campa le mariage de Victor Frankenstein. Mark Twain, qui y séjourna en 1867, le décrivit longuement dans Le voyage des innocents et plus près de nous, au cinéma cette fois, James Bond y accomplit sa vengeance à la fin du film Casino Royale. Avant 007, le lac avait accueilli Rocco et ses frères, Romance sur le lac avec Uma Thurman, Man on fire d’Elie Chouraqui et Ocean’s Twelve que George Clooney tourna en voisin, puisqu’il possède à quelques kilomètres du lieu où était planté le set une villa où il vient une à deux fois par an.

la façade contemporaine de Sereno, parfaitement intégrée au décor.

Séjourner sur le lac de Côme c’est se replonger dans les décors de livres et de films que nous connaissons tous, c’est s’imprégner de l’image que notre inconscient collectif entretient de l’aristocratie italienne.

Il faut dire que de toute éternité le lac a attiré de nombreux aristocrates, artistes et écrivains : ainsi Pline l’Ancien et Virgile dans l’Antiquité, plus tard Stendhal et Frantz Litz, aujourd’hui George Clooney, Brad Pitt et d’autres stars contemporaines. Du beau monde. Sans parler du chantier nautique Abbate, dont le nom reste indissociablement lié à l’offshore, discipline la plus turbulente du motonautisme, dont le lac est la piste d’essai naturelle. Une certaine idée de la sensualité et la légèreté de la Dolce Vita. Ici les dieux semblent avoir béni la vallée, le lac et tout ce qui l’entoure pour en faire un petit Eden de luxe, de calme et de volupté.

« Séjourner sur le lac de Côme c’est se replonger dans les décors de livres et de films

que nous connaissons tous. Le lac est bordé de propriétés aux allures viscontiennes,

architectures majestueuses et jardins luxuriants, et de palaces célèbres ».

Sur tout son pourtour, celui-ci est bordé de propriétés aux allures viscontiennes, architectures majestueuses et jardins luxuriants, et de vieux palaces célèbres, comme la Villa d’Este et la Villa Serbelloni, qui ont accueilli des milliers de couples d’amoureux, légitimes ou pas. Il sert désormais aussi d’écrin au Sereno, nouvel établissement 5 étoiles dont l’offre contemporaine constitue une alternative inattendue à celle de ses ainés.

Ce petit groupe hôtelier mérite bien que l’on s’y arrête. Propriété d’une famille vénézuélienne, il se caractérise par l’emplacement de chacun de ses hôtels, qui jouissent tous d’un panorama exceptionnel, mais aussi (et peut-être surtout) par le caractère intimiste de chacun de ses établissements, qui ne proposent tous qu’un nombre restreint de chambres afin de garantir à leur clientèle tout à la fois une grande tranquillité et une attention du personnel discrète mais de tous les instants. Une approche dans l’air du temps, en phase avec les attentes d’une clientèle rajeunie, qui fréquente toujours les grands palaces d’hier mais aime aussi à se ménager des parenthèses dans un environnement plus intime. Le succès du premier Sereno (St Barth, designé par Christian Liaigre) a inspiré l’établissement du Lac de Côme et la Villa Pliniana, qui pratiquent eux aussi les grandes villas privées au sein des hôtels, un luxe minimaliste et une attention particulière portée au design, à la cuisine et aux services proposés. Un luxe résolument contemporain.

Aussi le Sereno Lac de Côme n’a-t-il pas cherché à plagier l’architecture Renaissance des palais qui entourent le lac (nous ne sommes ni à Hollywood ni en Chine !) mais à apporter sa contribution personnelle, en intégrant une architecture moderne au décor séculaire. Dû à l’architecte et designer Patricia Urquiola, le résultat est absolument remarquable et a valu dès sa première année d’activité à l’établissement une pluie de récompenses internationales, et d’intégrer plusieurs classements parmi les plus prestigieux du monde : le titre de meilleur hôtel d’Italie des Reader’s Choice Awards, la It List de Travel+ Leisure et le Best of the Best du Robb Report en 2017, avant la Gold List du Conde Nast Traveller en 2018. Autre consécration : l’obtention, dès la première année d’exploitation de son restaurant gastronomique Berton Al Lago, d’une première étoile au Michelin. On comprendra que qualifier le Sereno d’hors du commun n’a rien d’exagéré.

En haut : les petits canots Ernesto Riva mis à la disposition des clients de l’hôtel pour sillonner le lac, l’intérieur de la navette, la terrasse du restaurant. En bas : une chambre Darsena et une table pour deux dans le décor idyllique du restaurant.

Les salons, les chambres, suites et penthouses, le petit jardin et les diverses terrasses offrent tous la même vision paisible du lac – dont on profite d’autant plus naturellement que chaque chambre est dotée d’une petite terrasse privative agrémentée d’un sofa, d’un fauteuil, d’une table basse et d’un lit de lecture (les penthouses bénéficiant de toits-terrasses arborés). 
La décoration est clairement un modèle du genre, et la qualité du mobilier et des accessoires est également remarquable. Soulignons notamment l’éclairage indirect fort bien conçu, les lampes suspendues en cuir, dans les salles de bain les très chic vasques anodisées couleur or rose…

Un salon et la salle de restaurant.

L’endroit est éminemment romantique, et la Direction nous confie que la clientèle est essentiellement constituée de couples de tous âges venus roucouler dans le cocon de l’hôtel (dans l’ordre : Américains, Australiens, Canadiens, Français et Italiens), quelques clients solitaires arrivant éreintés des fashion weeks milanaises pour se retaper en deux jours d’un calme absolu. Il est vrai que tout ici concourt au repos et au soin de soi, que ce soit devant un bon livre, sur l’une des tables de massage du spa Valmont ou sur l’un des deux bateaux à la disposition de la clientèle.

A découvrir absolument : la Villa Pliniana

De plus, séjourner au Sereno permet au client de profiter du privilège rare de visiter la Villa Pliniana, dont l’hôtel a la gestion. Située à cinq minutes en bateau, cette dernière fait partie de ces palais Renaissance qui bordent le lac et semblent poser sur lui l’ombre protectrice et bienveillante des siècles. Il s’agit d’une propriété privée inimaginable, comme on en voit dans les films ou les ouvrages consacrées aux monarchies. Non ouverte au publique, elle n’est accessible qu’aux happy fews susceptibles de la privatiser (quelques jours avant notre passage la maison Dolce & Gabbana, en décembre un riche Indien de Bombay qui organisera ici les fiançailles de sa fille, avec Rihanna en guest star) et aux clients du Sereno. Son histoire est extraordinaire au sens le plus académique du terme, ce palais construit pour le comte Giovanni de Côme en 1576 ayant connu l’abandon avant de retrouver sa splendeur d’antan grâce à un récent et méticuleux (et très coûteux) travail de rénovation. Déjà inestimable pour son architecture et sa situation, il l’est plus encore par son histoire et certaines des pièces qui y sont exposées.

La Villa Pliniana : bienvenue dans un autre monde ! L’architecture est du XVIème siècle, le piano celui de Rossini, le billard celui de Napoléon…

Architecturalement, on est en plein dans la grande période du romantisme de la fin du XIXème et du début du XXème siècles. La villa tire son nom de Pline l’Ancien, qui séjourna ici et découvrit la source sur laquelle elle est construite (et qui porte désormais son nom : source Pliniana, ou source de Pline), qui prend naissance dans la cour centrale, descend à travers l’un des appartements et s’écoule dans le lac. Plusieurs notables, dont les portraits décorent les murs, ont entretenu la villa au fil des siècles et elle fut finalement rachetée il y a une trentaine d’années par une grande famille italienne, qui mit… trente ans (incroyable : il existe donc plus lent encore que l’administration  française, si !…), pour obtenir les autorisations pour en effectuer la restauration (« Trente ans de paperasse » nous explique-t-on ici – nous savons ce que c’est : nous sommes Français…). Enfin restaurée, elle constitue un lieu magique pour revenir sur les traces du Guépard de Visconti et, plus prosaïquement, organiser des grands mariages à l’italienne sur le mythique lac de Côme. Assurant la gestion de la propriété, les Sereno Hotels se sont une fois de plus associés à l’architecte Patricia Urquiola pour notamment apporter une touche contemporaine à certains espaces intérieurs sans hypothéquer le charme et l’histoire des lieux, et ceux-ci sont devenus un endroit incomparable pour organiser des cérémonies privées grandioses. Avec quatre appartements dans la villa principale et quatre autres bâtiments, Pliniana peut loger 39 personnes, qui y passeront un séjour inoubliable, laissant leurs doigts effleurer les ouvrages de Pline l’Ancien et de Byron dans la bibliothèque, caressant le clavier du quart de queue sur lequel Rossini composa l’opéra Tancredi en 1813 (une pièce de musée restée exactement à la place où elle était lorsque le musicien y composa son œuvre) ou disputant une partie sur le propre billard de Napoléon Bonaparte…

Située à moins d’un kilomètre du Sereno, la Villa est accessible en bateau (l’un des deux Cantiere Ernesto Riva de l’hôtel ou sa navette fluviale, avec pilote) et ne peut être louée que dans son ensemble, pour trois nuits au minimum, au tarif de 150.000 euros (les trois nuitées, restauration non comprise). Inutile sans doute de préciser que depuis son ouverture en juin 2016, elle accueille aussi des tournages de films historiques et l’organisation de shootings de mode pour les magazines les plus prestigieux du monde. Un lieu magique.

Dolce Vita et Riva

Nous ne saurions trop recommander d’être infidèle au restaurant de l’hôtel une fois durant le week-end, pour s’installer sur la terrasse ombragée du Vapore, restaurant distant de trois ou quatre cents mètres que l’on gagne à pied via de vieilles ruelles pavées.

Le Vapore, restaurant typique à 5 mn de l’hôtel : un romantisme fou pour déjeuner ou un dîner en terrasse.

Le cadre est fabuleux à condition d’être installé sur la terrasse, aussi si la météo ne s’y prête pas et que l’on vous propose une table à l’intérieur, déclinez : vous vous retrouveriez dans l’une de ces salles intérieures typiques des restaurants italiens, qui n’ont pas changé depuis les années 50. Mais si le soleil brille et que vous êtes prêt à supporter une température un peu fraîche si nous sommes en hiver, la terrasse de pierres disjointes, la balustrade de fer forgé menant à l’embarcadère, les Riva amarrés en contrebas, et les quelques bateaux qui passent sur le lac, valent bien tous les efforts, de même que les plats de pâtes et la gentillesse du personnel : ne réfléchissez pas plus avant et partagez cet instant rare et précieux avec votre invité(e) : vous êtes dans Le Guépard et « Il faut que tout change pour que rien ne change », vous allez déjeuner dans une image d’Epinal et c’est un privilège inestimable.