Dans le détail : Arnys

On est d’abord confronté à ce tissu extraordinaire, une laine britannique Moxon marron foncé à motifs Prince de Galles très fondus, comme on n’en trouve définitivement pas en prêt-à-porter : dès le premier abord le statut de grande mesure est flagrant.

La veste est une éclatante démonstration de classicisme brillamment maîtrisé. Nous avons affaire à une pièce à deux boutons, cran tailleur Camps totalement respecté, hauteur de col parfaite, naturelle. Les boutons sont impeccablement centrés, les poches hautes, en biais de cinq centimètres, sont très bien placées – les seules de notre sélection à réussir parfaitement l’exercice sur ce point (il est pourtant intéressant de remarquer sur nos photos l’incidence de hauteur des poches sur la taille ligne générale d’une veste). Crans, boutonnage, poches, et jusqu’aux fentes dorsales, qui arrivent à la moitié des poches, c’est un sans-faute.

Mais le meilleur reste à venir, avec l’absence de pince poitrine. Une coquetterie qui nécessite une maîtrise technique absolue car elle ne laisse aucun droit à l’erreur lors du patronage et de la coupe, puisqu’aucune correction n’est ensuite possible. L’absence de pince poitrine signifiant également absence de pince inférieure et de coutures de petits côtés (ceux-ci se trouvant ici attenants aux grands), on réalisera après avoir observé les autres créations de ce Spécial Grande Mesure que la veste Arnys est la plus risquée de toutes : la maison ne se laisse aucun filet en cas d’erreur. Ici le patronage et le cintrage résident dans la couture de petit côté, qui vient de l’emmanchure et meurt sous la poche : tout vient de la coupe ; c’est du grand art. Dans le détail, nous observerons aussi une épaule magnifique, sans cigarette, une doublure en soie sauvage (la seule de cette sélection, les autres tailleurs utilisant du bimberg), un montage entièrement rabattu main, un col rabattu (la seule façon qui permette au besoin de retravailler le col) et terminé à points perdus zigzag toujours à la main, des fentes dos à 28 : une éblouissante démonstration de savoir-faire, tant dans le patronage que dans le montage.

Le gilet est un cinq boutons classiques, doté de deux poches tailleur de la même eau.  L’arrière de son col est habillé de tissu (là où l’on ne trouve habituellement que la doublure), une finition beaucoup plus jolie si l’on vient à tomber la veste, mais que l’on observe de moins en moins parce qu’elle représente une difficulté technique supplémentaire.

Le pantalon sans pince est à taille haute, comme il convient à un pantalon destiné à être porté avec un gilet. Pas de tirettes côté ici mais une boucle arrière réglable. Pas de droit à l’erreur ici encore : en l’absence de cintrages (autre nom donné aux tirettes de réglage) latéraux, le confort de port ne dépendra que de la coupe et des bretelles. Une précision presque superflue : bien qu’il ait été prévu pour être porté avec des bretelles, le pantalon sur mesures habille les hanches du client, se place naturellement à la taille et tient parfaitement sans aucune aide extérieure. 

Signe caractéristique du vrai luxe : ici encore l’intérieur est aussi soigné que l’extérieur. Le pli portefeuille (ou chemisier) de la ceinture respire fort le meilleur de l’école italienne, le pont de fermeture signe l’identité de la maison, les finitions main soulignent la dimension mesure, les poches passepoilées et la grande découpe en V arrière une façon irréprochable. Les revers de cinq centimètres s’inscrivent dans l’esprit de ce costume nettement typé années 40.

Comme ce sera le cas pour les trois autres costumes grande mesure de ce dossier spécial, la nature des pièces examinées ici interdit quasiment la critique technique, nos remarques ne pouvant porter que sur le style. S’agissant d’Arnys celui-ci est très traditionnel, interprété sans la moindre faute de goût et destiné à une clientèle plus âgée et plus old school que celle de Cifonelli ou Smalto.

Amateur de grande mesure, Hugo Jacomet, du site parisangentleman.com, s’est exceptionnellement joint à notre jury technique pour ce numéro spécial.

 

L’avis de parisian gentleman :

Incontestablement une très belle pièce tailleur au montage et aux finitions irréprochables : super 130’s avec une très belle main, épaules naturelles superbes, doublure en soie sauvage magnifique, gilet parfaitement exécuté, pantalon de très belle façon avec patte de serrage centrale et V à l’ancienne très généreux. Beau travail de coupe mis en évidence par l’absence de pince sur la veste. Objectivement un très beau costume de grande tradition réalisé dans les règles de l’art et qui fleure bon la vraie grande mesure.

Seul petit bémol : une ligne très (trop ?) traditionnelle avec une veste fermée très haut, mettant peu en valeur la silhouette. Une coupe très peu indulgente en cas de léger embonpoint. Prix un peu élevé pour ce type de pièce, mais du vrai beau travail. Respect.